Par Titinette1
9h30. Mon Homme et moi nous nous éveillons. Epuisés par notre journée de travail de la veille. Mon corps est endolori. J'avale un Nexen pour mon dos. Un autre médicament pour le traitement de fond de ma cystite. Beurk. Je déteste les médicaments. Humeur du moment : brumeuse.
10h. Nous montons à l'étage voir le résultat de nos efforts. Nous sommes satisfaits. Chaque semaine, chaque jour, les travaux avancent. Deux ans et demi que cela dure. La première étape (l'étage) touche à sa fin. Reste encore deux étapes à franchir, mais je préfère ne pas trop y penser. Humeur du moment : impatience brûlante.
10h30. Je vérifie mes comptes sur Internet. Je suis encore à découvert alors que je n'ai rien dépensé. Juste le crédit de la maison et les courses pour remplir le frigo... Humeur du moment : découragement.
11h. Nous allons acheter des fleurs. Nous sommes invités cet après-midi. Je regarde les bouquets. Je regarde la tête des hommes qui sont là pour acheter des fleurs à leur petite amie, leur femme, leur maîtresse peut-être. Humeur du moment : l'envie.
14h. Nous partons. Dans la belle famille. Je sors un peu de ma tour d'ivoire dans laquelle je suis enfermée depuis quelques semaines. La neige freine mes allées venues. Là, je n'ai pas à me soucier du verglas. Humeur du moment : légère.
16h. Les petits gâteaux défilent. Je n'aime pas ce genre de gâteaux. Ca fait 10 ans que je le répète mais on insiste toujours pour que je m'en serve au moins une part. Humeur du moment : écoeurement.
17h. On s'intéresse un peu à moi. Toujours les mêmes questions. Si je m'habitue à vivre ici, avec la neige. Si j'ai trouvé du boulot. Marre d'entendre toujours les mêmes questions, comme si, à force, ma réponse allait changer. Et bien non. Ma réponse ne change pas. Je ne m'habitue pas. Je n'aime toujours pas cette ville. J'en arrive presque à la détester. Et eux avec du coup. Ils m'agacent tous autant qu'ils sont soudainement. Humeur du moment : agressivité profonde.
18h. Tour à tour, les « mamies » de l'assistance s'occupe du bébé de la famille. Ca gazouille, ça gagatise dans tous les coins. J'observe le comportement de ma belle-mère. Molle. Comme à son habitude. Affreusement molle. Mon Dieu, jamais je n'arriverais à lui confier Mon enfant si un jour j'arrive à en faire un. Pas envie de leur faire ce « cadeau ». Cette pensée m'obsède. Humeur du moment : indescriptible. Un mélange de frayeur, de dégoût, d'envie de fuir et de tristesse...
19h. Deux heures de vidéo de famille. De vieux super 8 passés en VHS. Humeur du moment : l'ennui. Mortel.
20h. Nous sommes rentrés. Mon Homme se précipite vers la télé pour voir la fin d'un match de foot pendant que je commence à préparer le dîner. J'épluche mes patates. C'est tout ce qu'il me reste en magasin. Le film de ma journée se déroule dans ma tête. Le film de ma vie aussi. J'ai 30 ans bientôt. Je n'ai pas de boulot et ceux que j'enchaînent depuis 5 ans sont de moins en moins valorisants à chaque fois. Je me vois finir comme secrétaire à 1200 euros par mois et encore, ce serait déjà presque beaucoup. J'habite une ville que je déteste. Dans une maison pour laquelle je me saigne alors que je ne suis même pas sûre de supporter vivre ici toute ma vie. Mon armoire est pleine de vieillerie. Ca fait 6 mois que je n'ai pas mis les pieds dans une boutique. Et trois ans que je ne m'offre que de la pacotille. J'ai un mari dont je n'arrive pas encore à avoir envie d'un enfant. J'ai des amants de passage depuis que je le connais. Ma vie me semble tout à coup tellement ratée... Et mon incapacité à changer les choses alors que je suis consciente de tout cela depuis le début, ma lâcheté flagrante m'effraie. Je pleure. Et ce n'est pas à cause de l'oignon que j'ai dans les mains. Humeur du moment : dépressive.
22h. Capital. Le luxe. Un jeune homme de 24 ans déjà businessman. D'autres qui ont monté leur boite, tenté l'aventure des USA. Ils ont réussi, au moins un temps. Ils ont du courage. De la chance aussi un peu pour certains. J'admire leur parcours. Ils appartiennent à un autre monde. Humeur du moment : lassitude.
Il est temps d'aller se coucher.
Thème Magazine © - Hébergé par Eklablog