La maison est vide. Je suis tranquille. Je m’installe confortablement sur ma couette, attrape le téléphone et compose son numéro. Je prends une grande respiration en espérant que ce soit elle qui décroche. Raté. C’est son mari. Il a l’air un peu surpris. Je parle comme si de rien n’était, demande des nouvelles etc. Il me répond mais j’ai l’impression qu’il n’a pas trop envie, qu’il essaie de faire court. Premier malaise. Je demande si H. est là « elle est au téléphone ». Ah. « Je lui dis de te rappeler ? Tu es chez toi ce soir ? ». Oui, je suis chez moi.
Toute la soirée, je traînerai ce foutu téléphone avec moi. De la chambre au salon, du salon à la cuisine, de la cuisine à la chambre. 23h15. Toujours rien. Je suis prise soudainement d’un gros sanglot. Je me dit que je suis vraiment trop conne d’avoir réagi comme ça et que j’ai gâché 15 ans d’amitié simplement sur un coup de tête. Mon homme me console. Me dit qu’elle rappellera à un autre moment, quand on ne l’attendra pas forcément, qu’elle est comme ça, que j’ai bien fait de remettre les points sur les i.
Moi je n’ai pas l’impression d’avoir remis les points sur les i. Juste de m’être emportée et d’avoir scellé cette colère par quelques mots maladroits. Mais j’ai quand même décidé d’attendre son appel. De ne pas la relancer tout de suite. Après tout, ne dit on pas qu’il faut parfois laisser couler de l’eau sous les ponts ? Pfff.