• Tourne la page

    Il est 19h05. Je ne suis en retard que de quelques minutes à notre "soirée conviviale" de boulot. J'ai laissé mon homme à contre coeur à la maison. Les conjoints sont conviés mais si mon repas est pris en charge par la boite, le sien non. Donc le calcul, en ce moment, a été rapide. Pas 30 euros en poche à dépenser au resto pour une soirée qui ne seraient pas, par dessus le marché, la nôtre. J'essaie donc de me faire une raison et me dis que je vais passer une bonne soirée quand même, qu'il faut que j'en profite...

    Je suis agréablement surprise par l'endroit. Une terrasse cachée, ensoleillée, des transats, des rosiers et un terrain de boule... Notre directeur tient absolument à ce que nous faisions une partie. C'est dans la bonne humeur que tout le monde se prête au jeu. L'ambiance est sympathique et détendue. Une jeune femme s'installe à une table. Nos regards se croisent. Sourires. C'est une copine que je n'avais pas vu depuis longtemps. Je m'absente quelques minutes pour la saluer. Cela me fait plaisir de la voir, l'invite à venir cet été à la maison... et retourne à ma partie de pétanque.

    Quelques minutes plus tard, je sens du mouvement, de nouvelles personnes arrivent. Je tourne légèrement la tête... Petit prince est là. Il dîne avec cette copine et une autre fille, soeur ou amie de celle-ci. Compagnons de solitude. Il jette un regard vers moi et de toute la soirée évitera de tourner à nouveau la tête. Longtemps j'hésite. Dois-je aller le saluer ? Son attitude me laisse deviner qu'il m'en veut encore et toujours terriblement. Je suis obligée de passer devant leur table pour aller me laver les mains après la partie de pétanque. Je me résouds, même si ça doit paraître étrange à cette copine, à ne pas m'arrêter pour l'embrasser. Je murmure juste un "bon appétit" en passant. Durant le repas, je ne peux m'empêcher de lancer des regards vers leur table, de l'observer. Il ne sourit pas. Il parle peu. La tête souvent baissée. Il m'a l'air d'avoir pris quelques kilos, mais je me trompe peut-être. Il est tellement tassé sur sa chaise...

    Son attitude depuis le début de "notre histoire" et après me confirme dans le fait que ce ne pouvait pas être l'homme de ma vie malgré ses si nombreuses qualités. Il ne se bat pas. Il se laisse porter. Triste, toujours, depuis des années. Avant moi. Après moi. Je culpabilise toujours, c'est certain. Mais je suis passée à autre chose et lui, s'obstine à faire du sur-place. Côté coeur comme côté boulot d'ailleurs. Je ne les vois pas partir. Je tourne la tête et la table est vide. Je regrette presque d'avoir "raté cet instant" et n'avoir pas pu lui donner au moins un sourire. Quelques minutes plus tard, ses mots dans mon téléphone, reçus en triple exemplaire au cas où : "Toujours la même interrogation : est-ce te voir qui est le plus dur ? Ou te savoir si loin ? Dans les deux cas ça fait mal... Bonne fin de soirée à toi titi". Je n'ai pas répondu. Je ne peux rien répondre. J'ai effacé ce message dès ce matin. Cela fait 1an et demi que tout est terminé. Il faut que lui aussi apprenne à tourner la page...

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