• Femme fontaine

    Samedi. Mariage d'une de mes meilleures amies, en petit comité. Nous serons une trentaine au repas. Pas le temps de s'émouvoir, je suis en charge des photos pour les moments les plus importants de la journée et je reste concentrée sur mon objectif. Elle est belle. Magnifique. Lui, est touchant, touché. Tous les deux respirent le bonheur. Malgré les nombreux mariages auxquels j'ai pu assister ces dernières années, ces deux là dégagent vraiment quelque chose de spécial. Tellement d'amour...

    Début de soirée, je peux relâcher un peu ma concentration, une autre personne prend relais pour les photos. Quelques discours s'enchaînent. Ceux des deux meilleurs amis du marié d'abord et puis du marié ensuite, font référence à une soirée mi soirée d'anniversaire du marié, mi-crémaillère mi-autre chose... Un détail et pourtant, je me sens tout à coup bien seule. Quasiment tous les jeunes ici y ont manifestement participé. Pas nous. Ma tête commence à mouliner des idées noires et ridicules. J'essaie de concentrer mon attention sur autre chose, mais rien n'y fait, je n'arrive pas à me sortir de la tête cette impression de ne plus vraiment faire partie du clan de ses amies et je me dis que si nous sommes là ce soir, c'est certainement parce que nous l'avions invité à notre propre mariage. Cette idée me mine. Je la tourne et la retourne dans tous les sens mais je voudrais l'oublier. Je sens la bête noire grossir en moi. Je lutte contre elle. Ce n'est vraiment pas le moment. Le papa de la mariée, que j'adore également, fait lui aussi un discours. Amusant au début et puis, de plus en plus émouvant, avec une pensée pour la grand-mère (que je connais bien aussi) à l'hôpital et quelques réflexions sur la vie, sur la nécessité de vivre dans le présent sans se soucier du passé qu'on ne peut plus changer, ni s'inquiéter de l'avenir, de toute façon incertain. Son discours est plein de sens à mes yeux, non seulement par rapport à ma propre vision de la vie, mais aussi parce que je sais que la grand-mère est condamnée, et que lui, souffre d'un cancer depuis quelques années déjà. A ma table, les jeunes n'écoutent plus et se moquent gentiment de moi qui écoute religieusement ce qu'il dit. La bête me gagne et les larmes m'échappent. Je fais le maximum pour les retenir, mais rien n'y fait. J'ai l'impression d'avoir ouvert les vannes d'une fontaine. Je pleure, je pleure sans discontinuer. Je ne peux pas m'éclipser pendant le discours sans me faire remarquer et puis je tiens à l'écouter jusqu'au bout. Je pleure le plus discrètement possible, mais ceux de ma table l'ont bien remarqué. Mon mari me demande à plusieurs reprises ce que j'ai. Je lui réponds à chaque fois que ce n'est rien. Je n'ai pas le cœur à donner des explications. Je lutte. Je suis en bataille. Il finit par s'énerver. Je répond vaguement en lui disant que ça fait bien longtemps que je suis comme ça, je lâche, je ne sais pas trop comment, le mot dépressive. Il le prend de haut, comme si je disais une ânerie, et se renfrogne en disant que de toute façon, il ne fait jamais rien de bien et que je ne suis jamais contente... Toujours le même refrain. Il n'essaiera même pas de m'en reparler à tête reposée, plus tard dans le week-end.

    Au cours de la soirée, je me rapproche de mon amie, nous dansons l'une contre l'autre à un moment et là encore, mes larmes coulent sur ses épaules. Elle me serre très fort. Elle me donne tellement d'amour. Cela fait 27 ans que nous nous connaissons. Que de chemin parcouru, chacune de notre côté. Elle mérite tout ce bonheur. Elle a pas mal souffert, entre autre des relations avec sa mère. Et pas mal souffert aussi pour construire cette histoire avec son homme. Je ne me sens pas le droit de me sentir malheureuse, pas le droit de me plaindre de quoi que ce soit, moi qui n'ai pas traversé le quart de ce qu'elle a vécu. Je m'en veux terriblement de ne pas arriver à retenir ces larmes. J'ai tellement peur de gâcher ce moment de pur bonheur pour eux. Je prends sur moi et, si au début mes yeux restent embués, je finis par arriver doucement à alléger mon esprit pour danser et danser et danser encore avec eux. Je sens même beaucoup d'amour de la part de son mari vers moi. Beaucoup de soutien muet. A la fin de la soirée, il me fait comprendre à demi-mot, lui qui n'aime pas parler, et encore moins se confier, que je peux compter sur eux et que tout le monde peut un jour connaître le même bonheur. Tous les deux respirent vraiment le bonheur. Je n'ai jamais vu un couple s'aimer si profondément. A côté d'eux, j'ai l'impression de n'avoir jamais aimé...

  • Commentaires

    1
    Charmeur
    Lundi 20 Septembre 2004 à 11:01
    Soirée riche...
    ... en événements...
    Mais s'il fallait n'en retenir que le meilleur, je dirais que c'est cette relation privilégiée que tu as avec ton amie, et maintenant avec son mari...
    Peut-être pourras-tu trouver auprès d'eux (même indirectement) la force d'affronter toutes tes difficultés...
    Je sais ce que ça peut être, je vis cela depuis longtemps également... Questions qu'on connaît bien... et réponses qu'on redoute parfois de connaître...
    2
    Tschok
    Lundi 20 Septembre 2004 à 11:36
    Salut Titinette
    Si tu pleure aux mariages, qu'est ce que ça doit être aux enterrements :). Je peux t'inviter à mon enterrement?
    3
    Ange
    Lundi 20 Septembre 2004 à 11:41
    Madeleine ?
    Je suis pareille. Les situations à fort coefficient émotif sont souvent, quand je ressasse des choses qui ne vont pas, des vrais moments d'émotion personnelle et je me laisse submerger. Je vais mieux, maintenant, je n'écrase plus qu'une larme fugace.... Ton mari ricane au mot 'dépression'. Encore un terrien, un vrai. Il va falloir que tu tires quelques signaux d'alarme pour qu'il réagisse.
    4
    J.
    Lundi 20 Septembre 2004 à 20:21
    mariage
    Ton mariage me fait penser à celui d'une de mes meilleures amies... ils se sont connus, ils ne se sont plus lâchés... ils s'aiment, s'adorent, ils sont beaux ^^ Ils restent pour moi la référence quand je ne crois plus à l'amour d'une vie.
    5
    Ange
    Mardi 21 Septembre 2004 à 09:19
    J.,...
    L'amour d'une vie. J'ai du mal à y croire. Pas qu'ils s'aiment, c'est certains. Mais rien n'est jamais aussi rose qu'il y parait... Enfin, c mon avis, ca n'engage que moi. Et ca veut pas dire qu'ils ne sont pas heureux, juste qu'il ne faut pas se fier aux apparences ;-)
    6
    heaven
    Mardi 21 Septembre 2004 à 09:24
    depression
    ton mari le prend de haut quand tu eclates en sanglot devant lui ? il lui faut quoi, que tu te coupes la carrotide ??
    7
    Kraaft
    Mardi 21 Septembre 2004 à 09:38
    Vous n'allez pas...
    ... au fond des choses... entre ton mari et toi.
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