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Double Je

La double vie d'une trentenaire qui se cherche encore

Le battement de l'aile du papillon | 12 août 2008

J'ai besoin de réfléchir. Tentons une analyse de la situation. Depuis 15 ans, en réalité, si on y regarde de plus près, le schéma de notre mode de fonctionnement est presque toujours le même. Dès que nous ne sommes pas d'accord sur un point ou un projet, nous dépensons chacun beaucoup d'énergie à essayer de convaincre l'autre qu'il a tort. Chacun campe sur ses positions. Au bout d'un moment, il faut bien que les choses avancent. Et pour cela, généralement, c'est moi qui finit par céder du terrain, accepte un compromis, ou capitule d'épuisement pour avoir la paix (sauf pour la destination de notre voyage de noce. He he. Là, je l'ai eu à l'usure le bougre !). Ce fut ainsi pour notre lieu de vie. Je ne voulais pas mettre les pieds dans cette ville. Mais comme j'étouffais dans mon 18 M2, j'ai fini par accepter qu'il m'héberge quelques mois . La condition était « dans trois mois, on se met à chercher ensemble un lieu de vie qui nous convienne à tous les deux, mais pas ici ». J'aurais du me méfier de son « oui, oui... » pas très convaincu. J'ai compté les semaines. Et quand j'ai lancé la phase 2, il m'a regardé complètement étonné en me disant qu'il n'allait pas quitter un appartement qui lui appartient pour un appartement en location et s'en est suivie une foule d'autres arguments très carrés ne prenant pas en considération mon ressenti. Difficile de lutter contre des arguments très terre à terre avec pour seul argument « mais ici, je n'aime pas. Je ne m'y sens pas bien ». Tout ce qui est de l'ordre du sentiment, du ressenti, ne l'atteint pas. Longtemps j'ai espéré qu'il finisse par changer d'avis. Mais non. Et il en est ainsi pour chaque chose. Ces vacances en sont le parfait exemple. Je l'ai prévenu plusieurs mois avant que je ne voulais pas partager ces vacances avec ses parents. Ses parents n'étant pas décidé à partir et lui à leur dire clairement les choses (« parce qu'ils sont chez eux, on ne va pas les chasser quand même »), j'ai accepté le compromis du « on arrive dimanche, ils partiront lundi ». Pour finir par me retrouver dans une situation où une fois encore, je cède un doigt et on me bouffe le bras (et me retrouver ensuite avec des reproches parce que je ne le vis pas avec le sourire, ce qui est pour moi le comble du comble).

Mon homme n'est pas naturellement très attentionné. Longtemps j'ai espéré qu'il évolue sur ce point en exprimant clairement mes besoins. Il y a bien eu quelques progrès. Généralement à l'issue de grosses crises, lorsque je suis quasiment sur le point de partir. Mais j'évolue aussi, je grandis, mes exigences aussi. Ce qui fait que lorsqu'il fait des efforts, c'est toujours un peu tard. Et entre temps, j'ai besoin de plus. Résultat, il me trouve insatisfaite et  ses efforts ne durent que quelques heures, quelques jours, voire quelques semaines. Un cercle vicieux pas du tout vertueux.

Il faut casser ce cercle. J'avais bien conscience qu'on ne change pas les gens. Mais j'espérais que sans changer en profondeur, j'arriverais à quelques évolutions à force d'explication de mes besoins, de mes envies. J'ai bien fait comme dans tous ces livres qui nous conseillent d'éviter d'attendre que notre homme devine ce que nous attendons. Je ne joue pas les femmes mystérieuses. J'exprime clairement les choses. Mais ça ne fonctionne pas. Si on ne change pas les autres, peut-on alors changer soi-même ? Un changement d'attitude, de comportement ou d'habitude de ma part pourrait-il, comme l'aile du papillon, engendrer des modifications dans notre vie et dans sa façon d'agir avec moi ?

Je ne vois que ça. Plus que ça.

Je réfléchis. Quoi changer exactement de mon côté ? Par quoi commencer ? Je fais quelques essais dans la foulée de mes réflexions. Lorsque je ne réponds plus à ses agressions verbales (lui considère juste qu'il parle fort, moi qu'il me hurle dessus) en optant pour le silence, il en déduit que je fais la tête et se met à faire la tête également. Pas bon. Lorsque je propose « autre chose » genre « je chercherai bien une maisonnette avec jardinet à louer dans le coin l'année prochaine. Ca pourrait être sympa » (sous-entendu, on ne va pas recommencer le cirque de cette année. Prenons notre indépendance quitte à ce qu'on doive économiser toute l'année). Lui reste sur son disque « mais on ne va pas payer pour louer un truc ici quand même » (sous entendu, avec l'appartement familial dans le coin, ce serait ridicule). Je ne cherche pas à aller plus loin dans l'explication du fond de ma pensée. Pas envie de rentrer à nouveau dans le jeu de l'argument / contre argument pour aboutir à du ressenti qu'il ne comprendra pas de toute façon. Quand je réponds à ses « pourquoi tu fais la tête » par un « je ne fais pas la tête, je suis déprimée. Ca fait longtemps que je le suis de toute façon »,  il se referme comme une huître, comme vexé, et se met à me faire la tête. Mes quelques tentatives expérimentales n'ont rien donné.

Il faut que je trouve autre chose.

Mais quoi ? Je continue à réfléchir. Je veux croire en la puissance du bruissement de l'aile du papillon.

Publié par Titinette à 09:28:45 dans Double je | Commentaires (11) |