• Hébétude

    Après deux jours passés à Paris, je me suis effondrée dans les bras de Morphée vendredi soir beaucoup trop tôt pour prendre la mesure de ce qui allait se passer dans la nuit. Au petit matin, le bilan lancé par mon mari avant de partir de la maison et alors même que j’étais encore dans mon lit m’a laissée incrédule. Je suis descendue. Le salon était vide, la télé branchée sur BFM TV m’invitait à prendre place face à l’écran.

    Deux longues heures durant, je suis restée scotchée sur le bord de mon canapé face à l’écran. Presque immobile. Tétanisée. Au retour des enfants, j’ai abandonné les images pour me fixer sur les réseaux sociaux. J’ai mis du temps à reconstituer tous les événements de la soirée, à comprendre tout ce qui s’était passé et surtout à en mesurer réellement l’ampleur.

    Et puis il y a eu l’inquiétude, comme un sursaut, un réveil. D’abord pour mes deux frères qui passaient la semaine à Paris et devaient justement aller voir un concert au Bataclan, mais je ne savais plus trop quand. Heureusement leur présence sur FB m’a vite rassurée. Et puis il y a eu quelques mails et textos à ces collègues parisiens, que je venais à peine de quitter quelques heures auparavant. Certains ont répondu, d’autres pas. L’incertitude.

    Les enfants autour jouent, crient, réclament une attention que je n’arrive pas à leur donner. Ils doivent passer l’après-midi avec leurs cousines. Je suis à la fois triste de les voir partir alors que je ne les ai pas vu depuis deux jours, mais aussi soulagée. J’ai des courses à faire. Ne pas oublier que si les enfants sont gardés aujourd’hui, c’est bien parce que j’ai des courses à faire. Je suis tentée de rester seule, toute la journée face à l’écran mais j’essaie de me secouer. Comme un automate je tourne en rond dans la maison. J’attrape mes clés. Je les repose. Je prends mon sac, je monte à l’étage pour chercher je ne sais plus quoi. Je redescends. J’erre de pièce en pièce. Je ne sais pas trop ce que je fais. Ma tête est connectée en fil continu aux réseaux sociaux, des images d’horreur défilent en boucle dans mon esprit et je suis en mode pilote automatique. Sauf que mon pilote ne fonctionne pas. Ne me guide pas. Je tourne en rond encore et encore. Je me pose quelques minutes. Je ferme mon FB. Je sors et je respire. Je me concentre sur la douceur du soleil. Je me concentre sur la liste des choses à faire. Je pars.

    Entre deux magasins, quand je retrouve le silence et la solitude de ma voiture, je suis prise par un haut le cœur, quelques larmes qui filent. Mais je m’étonne moi-même de ne pas être complètement submergée par l’émotion. Moi qui suis une éponge émotionnelle, ma tête qui a enregistré trop d’informations bouleversantes a décidé de couper le chemin jusqu’à mon cœur. Je ressens la même chose que lorsque j’ai appris le décès de ma marraine. Suicidée. Pendue. Je n’ai pas versé une larme lors de l’enterrement, alors que c’était ma deuxième maman. Mais j’étais enceinte, je voulais protéger mon bébé, soutenir ma maman, mes cousins et mes grands-parents. Là, c’est un peu la même sensation. Comme un mode « survie » qui s’active quand l’émotion est trop forte. Pour être en mesure de faire face. Ne pas pleurer face aux enfants. Ne pas sombrer dans la déprime et le noir.

    Pour autant, ma tête continue de bourdonner. Je vois et je revois ces éclats de chair sur les murs, ces visages de personnes disparues, de ceux qui sont partis, ces messages d’amour, de haine, cette fébrilité ambiante et je suis là, envahie par tout cela sans pouvoir rien faire. Impuissante face à l’horreur. Convaincue que ce n’est qu’un début. Que ce début a déjà commencé il y a longtemps mais que nous n’en avions pas tout à fait conscience et que cette guerre n’a pas dit son dernier mot. C’est bientôt Noël et au-delà de l’envie de retrouver toute ma famille pour les chérir, je suis aussi troublée par un sentiment sous-jacent de crainte face à ce que de tels personnages pourraient faire en cette période qui associe à la fois festivités et religion chrétienne.

    Ma tête continue de bourdonner encore et contient toute cette émotion comme elle peut, barricadée dans mon cerveau. Pour m'empêcher de pleurer. Pleurer ce monde qu'on laisse en piteux état à nos enfants... Mes amours, mes trésors... Vous ne méritez pas un tel monde de merde où les intérêts économiques et politiques passent avant tout le reste, avant même la valeur de la vie humaine. Tout l'amour et toute la foi que j'ai en l'humanité ne suffisent pas aujourd'hui à me convaincre que demain sera meilleur... Je ne peux qu'espérer. Et chercher comment, au-delà de l'espoir, nous pourrions dans chacun de nos gestes du quotidien, participer à reconstruire pour vous un monde en meilleur état.


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  • Coup de frein

    Le virage attendu ne tourne finalement pas vraiment dans la bonne direction. Pour les dirigeants, tout est bon, tout est validé. Sauf que si j'acceptais de prendre ce poste avec plus de contraintes mais à iso-conditions de rémunération, on vient de me sortir que, finalement, non, certains avantages dont je bénéficiais dans mon entreprise actuelle ne pourraient plus exister dans la nouvelle. Bien entendu, personne ne me dit comment, ni si cette perte qui représente environ 25% de ma rémunération, va être compensée. Elle ne le sera d'ailleurs probablement pas à cette hauteur. Donc au final, je vais en être de ma poche pour aller bosser plus loin.

    C'est bien joli de me promettre un super job, avec plus de déplacement, mais pour lequel je vais gagner moins au final. Et je suis censée accepter ça ? Qui accepterait ça ? Personne.

    Alors, pour m'y pousser, ils ont déjà mis quelqu'un d'autre sur mon poste actuel. Hummmm. Comment dire... Une petite mise au point s'impose. Je n'ai encore rien signé les gars. Va falloir REVOIR VOTRE COPIE.

    Si vous avez des conseils, je suis preneuse.

     


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  •  

    Virage

    Dans quelques semaines, un nouveau boulot. Je quitte le confort de ma vie pour relever de nouveaux challenges et espérer qu'enfin ma vraie valeur sera bientôt reconnue. C'est un pari. C'est un changement total de vie. Ce sont des km au compteur qu'il va falloir ajouter chaque jour pour retrouver mon nouveau lieu de travail, à plus d'une heure. C'est un nouveau rythme à prendre, de nouvelles personnes à convaincre. Tout ça pour ne pas gagner plus pour l'instant. En croisant les doigts pour que oui, demain, cela finisse par payer.

    C'est aussi quitter le ron-ron, les petites gens qui n'en finissaient plus de me considérer comme la dernière roue du carosse, pour trouver un environnement où je suis attendue (au tournant peut-être).

    Mais c'est aussi du temps pour moi et pour lui qui disparaît. C'est la fin annoncée de nos douces parenthèses improvisées à quelques pas du bureau.C'est peut-être le début de la fin entre nous. Peut-être pas. Peut-être va t'il tant manquer à ma vie que je ne pourrai plus supporter ce vide. Peut-être que ma vie va tout simplement retrouver un équilibre entre mari, enfants, boulot, famille, loisirs... et qu'il ne sera plus qu'un doux rêve au creux de mon coeur.

    Nous n'en avons pas vraiment parlé, mais il m'a écrit ce matin :

    "Il manque quelqu'un près de moi
    Je me retourne tout le monde est là
    D'où vient ce sentiment bizarre que je suis seul...
     
    ...Je t'envoie comme un papillon à une étoile
    Quelques mots d'amour"
     
    Je t'embrasse mon amour et croise les doigts pour que tout ce que tu mérites s'offre à toi dans les mois qui viennent. J'ai l'intuition que tu vas enfin pouvoir être reconnue à ta juste valeur et cela me comble de bonheur. Tu es une personne à part, singulière et originale, d'une profonde humanité et pour cela tu mérites le meilleur.  
     
    Je sais aussi que tu t'interroges, même si tu ne m'en parles pas sur ce que pourrait devenir notre histoire avec ces nouvelles contraintes professionnelles. Alors ne t'inquiète pas pour cela... Pense à toi pour une fois et sache que la vie ne sépare jamais ceux qui s'aiment. Si elle peut les séparer physiquement, ce qui est ancré dans les cœurs ne s'efface jamais.  J'ai compris aussi que si le "petit oiseau" avait souhaité s'envolé il l'aurait déjà fait... Si parfois, j'ai eu le sentiment de voir encore une fois le bonheur m'échapper, je vois aussi en toi un amour à part, un partage, une passion si différente. Alors, c'est vrai, il ne faut pas se le cacher, nous risquons de ne plus beaucoup nous voir mais je serai toujours la pour toi quand et où tu le souhaiteras... Car je sais que tu es celle qui est programmée pour moi... (et il m'arrive quelques fois d'être très têtu...:-)).
     
    Et puis ce nouveau départ et un moi moins présent (en vrai mais pas par la pensée :-)) dans ta vie pourra peut-être te permettre d'y voir plus clair dans ton couple...
     
    Je t'aime ma chérie... passionnément
     
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  • Tout simplement

    Sentir une complicité de plus en plus grande, une intimité de plus en plus forte, un besoin de garder le lien même entre deux rendez-vous… Se dire que c’est beau, mais que c’est difficile de garder l’équilibre. Se dire que c’est fragile, mais qu’il est doux et bon d’en profiter encore et encore, parce que la vie est courte. Se dire qu’on a de la chance d’avoir rencontré quelqu’un qui vous aide par sa simple présence à vos côtés à devenir meilleur…

    Se dire que l’amour, ce n’est finalement pas forcément le cœur qui bat à toute allure, les nœuds au ventre et les palpitations.

    C’est peut-être aussi cette sensation d’apaisement quand je pose ma tête sur son épaule.

    Tout simplement.


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  • Et maintenant ?

    J’ai bien fait tout comme tu m’as dit. J’ai été une petite fille bien sage. J’ai bien travaillé à l’école, je me suis pliée aux règles, j’ai fait ce que tout le monde fait. J’ai trouvé un travail stable, un mari présentable en société, réussi deux beaux enfants… J’ai aussi une grande maison, bien décorée, à la campagne, au calme, pas un bruit. J’ai quelques amies éparpillées. Une jolie famille. Voilà. J’ai bien fait tout comme tu m’as dit maman. Et maintenant ? Maintenant je devrais être heureuse. Je devrais être comblée. J’ai tout ce que beaucoup bataillent encore pour avoir. Et pourtant je me sens parfois totalement vide. Vidée. J’ai regardé la vie passer pendant 20 ans. Je me suis regardé vivre. Comme un fantôme observe les vivants depuis ce monde intermédiaire où il n’est ni tout à fait mort, ni tout à fait vivant. Invisible aux yeux des autres. Transparent.

    Faut-il continuer ainsi ? Oui, me réponds-tu indirectement quand j’émets l’hypothèse de tout remettre en question. L’herbe n’est pas plus verte ailleurs et j’ai déjà beaucoup. Toutes ces choses que ceux qui « refont leur vie » perdent et ne retrouvent pas. Jamais.

    J’ai construit tout ça sans conviction, parce qu’on ne me laissait pas rêver d’autre chose que de ce qui était convenable. Il faut être sur les rails. Ne pas sortir du rang. Etre ordinaire, passer inaperçu. Formatée. J’ai tenté timidement de m’exprimer sur mes désirs. Personne pour m’écouter, donner de l’écho, du sens. Pire, démonter mes rêves un à un, me convaincre que je suis une fille ordinaire, banale, qui n’a rien, pas de talent à exploiter, pas de miracle au bout des doigts, rien. Je suis peut-être une fille ordinaire. Ou pas. Je ne suis pas foncièrement malheureuse. Mais je ne suis pas formidablement heureuse non plus. Je vis dans un entre-deux, fait de hauts et de bas. Comme tout le monde. Comme tout le monde…

    Et maintenant ?


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