• Et maintenant ?

    J’ai bien fait tout comme tu m’as dit. J’ai été une petite fille bien sage. J’ai bien travaillé à l’école, je me suis pliée aux règles, j’ai fait ce que tout le monde fait. J’ai trouvé un travail stable, un mari présentable en société, réussi deux beaux enfants… J’ai aussi une grande maison, bien décorée, à la campagne, au calme, pas un bruit. J’ai quelques amies éparpillées. Une jolie famille. Voilà. J’ai bien fait tout comme tu m’as dit maman. Et maintenant ? Maintenant je devrais être heureuse. Je devrais être comblée. J’ai tout ce que beaucoup bataillent encore pour avoir. Et pourtant je me sens parfois totalement vide. Vidée. J’ai regardé la vie passer pendant 20 ans. Je me suis regardé vivre. Comme un fantôme observe les vivants depuis ce monde intermédiaire où il n’est ni tout à fait mort, ni tout à fait vivant. Invisible aux yeux des autres. Transparent.

    Faut-il continuer ainsi ? Oui, me réponds-tu indirectement quand j’émets l’hypothèse de tout remettre en question. L’herbe n’est pas plus verte ailleurs et j’ai déjà beaucoup. Toutes ces choses que ceux qui « refont leur vie » perdent et ne retrouvent pas. Jamais.

    J’ai construit tout ça sans conviction, parce qu’on ne me laissait pas rêver d’autre chose que de ce qui était convenable. Il faut être sur les rails. Ne pas sortir du rang. Etre ordinaire, passer inaperçu. Formatée. J’ai tenté timidement de m’exprimer sur mes désirs. Personne pour m’écouter, donner de l’écho, du sens. Pire, démonter mes rêves un à un, me convaincre que je suis une fille ordinaire, banale, qui n’a rien, pas de talent à exploiter, pas de miracle au bout des doigts, rien. Je suis peut-être une fille ordinaire. Ou pas. Je ne suis pas foncièrement malheureuse. Mais je ne suis pas formidablement heureuse non plus. Je vis dans un entre-deux, fait de hauts et de bas. Comme tout le monde. Comme tout le monde…

    Et maintenant ?


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  • La femme ours

    On discute peu dans la famille. Mon père ne dit jamais rien, ma mère n’est pas très bavarde non plus. Pourtant, c’est à moi et à moi seule qu’elle se confie parfois, notamment en ce qui concerne la perte de sa sœur. Récemment, au cours d’une discussion, anodine au départ, nous avons dérivé sur son enfance et le manque d’amour, le manque de mots d’amour, de gestes tendres et d’encouragements dont elles ont souffert et dont elle souffre encore aujourd’hui.

    Ma grand-mère elle-même a eu une enfance très dure. Elle a perdu son père à la fin de la guerre. Sa mère a élevé ses enfants seules et n’a eu de cesse de « préférer » ouvertement la sœur de ma grand-mère. Cette mamie gâteau que je connais a été très dure avec ses propres filles. Loin, très loin de l’image que j’en ai eu moi-même pendant mon enfance.

    Maman n’a eu de cesse de ne pas vouloir reproduire ce schéma, de nous donner la liberté qu’elle n’a pas eu et de nous le dire (tant et si bien que le peu de liberté que nous avions nous semblait déjà énorme), de nous donner ces mots d’amour qu’elle n’a pas eu. Pourtant, même si nous avons été comblées d’amour, ma sœur et moi avons aussi manqué de mots d’encouragements, et pour ma part de liberté aussi. Elle et moi avons grandi avec un manque énorme de confiance en nous. Ce que je faisais était bien, peut-être, mais il ne fallait pas le dire trop fort, pas s’étendre sur le sujet, ne pas en rajouter et surtout, dire inévitablement à chaque fois que nous pouvions faire mieux encore… Rarement je l’ai entendu dire un vrai compliment. Je me souviens de l’un d’entre eux, lorsque j’ai eu mon concours pour entrer dans une formation universitaire qui sélectionnait une quarantaine d’étudiants sur des centaines de candidatures. Elle a dit, presque déçue (puisque cela sonnait le glas de mon départ de la maison) mais fière à la fois, « j’étais sûre que tu l’aurais, tu réussis toujours ce que tu entreprends ». Ce fut bref, mais j’ai gardé en moi ces mots comme un trésor.

    Aujourd’hui, je me rends compte que mon propre fils manque de confiance en lui et maintenant que j’en ai pris conscience, j’essaie de me rattraper. Mais j’angoisse quand on dit que tout se joue avant 6 ans… Puisqu’il va sur ses 8. Alors je redouble d’efforts pour me contenir quand je suis en colère, choisir mes mots pour ne pas déraper et j’encourage son père qui fait souvent de très grosses colères à essayer de se maîtriser un peu plus lorsqu’il s’agit de son fils. Je l’encourage quand il a des difficultés, je le félicite quand il réussit. Je lui dit presque tous les soirs au moment du coucher combien je l’aime et combien je sais que c’est un petit garçon formidable. Ca ne sera peut-être pas assez, je n’en sais rien, mais j’espère qu’il arrivera bientôt à trouver un peu de cette confiance en lui que je voudrais lui donner.

    Du côté de ma fille, depuis qu’elle est née, je n’ai de cesse de lui dire qu’elle est belle, que ce qu’elle fait est bien, qu’elle est intelligente et qu’elle est gentille. Elle a déjà un caractère bien trempé et sait, à trois ans, déjà exactement ce qu’elle veut et ce qu’elle ne veut pas. Je me fous qu’on puisse penser que j’en fais trop et j’adore que lorsqu’on lui demande « c’est qui la plus belle ? », elle réponde sans douter « c’est moi la plus belle ». Et non, je ne pense pas qu’elle deviendra prétentieuse comme l’insinuent parfois en riant ma mère ou ma grand-mère. Je veux juste qu’elle prenne conscience de toute la beauté de sa personne, intérieure et extérieure et qu’elle apprenne à vivre sereinement, à s’écouter et à s’affirmer dans ce monde qui ne fait pas de cadeaux à ceux qui s’effacent d’eux-mêmes.

    NB : je ne sais plus si c’était avant ou après cette conversation d’avec maman, mais j’ai récemment rêvé d’un ours qui me poursuivait. Comme il s’agit d’un rêve particulièrement étrange, j’en ai recherché la signification symbolique sur le dictionnaire des rêves… La voici

    Malgré son apparence masculine ou asexuée, l'ours est un symbole féminin. Il est traditionnellement associé à l'obscurité et à la lune. En rêve, il symbolise la mère négative et les dangers des comportements inconscients. L'ours représente une forme d'évolution - c'est le seul mammifère avec le singe à pouvoir adopter la posture debout - mais susceptible de régression.L'ours est souvent présent dans les rêves d'enfants. C'est la perception de leur propre mère quand celle-ci est soumise à des accès d'humeur qui la rendent imprévisible. Comme l'ours semble doux et se révèle très dangereux, elle peut être douce et chaleureuse pour devenir soudain menaçante quand elle ne contrôle pas sa colère ou punit son enfant de façon disproportionnée. L'enfant face à une mère gouvernée par de tels accès de colère qui la transforme radicalement se sent véritablement en danger. Il peut avoir le sentiment de recevoir de véritables coups de griffes.

    Mère négative, douceur et colère, régression psychique, mise en danger.

    Parfois, j’ai l’impression que cet ours, c’est aussi un peu moi… Et cela me rend triste.


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  • Une valse à trois temps

    C'est étrange ce va et vient des sentiments. Comme une valse à trois temps qui m'emporte dans un tourbillon jusqu'à m'en faire perdre la tête. En ce début de vacances, la séparation d'avec mon autre a été difficile. Un manque est apparu, subtil mais bien ancré, discret mais bien présent, en filigrane de mes journées.

    Devoir cohabiter toute la journée avec mon homme fut, durant les premiers jours, assez difficile. Le début des vacances était tendu. J’étais tendue. Pas moyen de se détendre quand il faut gérer en vacances approximativement les mêmes choses qu’en temps normal. Le boulot en moins, la plage en plus. Et puis, après une première crise, puis une deuxième, se dire des choses tues depuis des années. Comme ce sentiment que j’avais qu’il n’avait pas voulu divorcer non pas par amour pour moi, mais plutôt par peur de perdre tout ce qu’il avait construit.

    S’expliquer, se disputer, crier, pleurer. Et puis faire table rase de ces premiers jours chaotiques et entamer de vraies vacances. Mieux se répartir les tâches, moins courir pour voir toute la famille, les amis et faire tout un tas de choses qu’on aime faire habituellement en vacances. Renoncer à certaines balades. En faire moins, profiter plus.

    Petit à petit le manque de mon autre s’est estompé. Mes pensées vers lui se sont espacées. Mon envie de consulter ma messagerie pour lire ses missives s’est évanouie. Certains même de ses mots, son emphase à mon égard m’ont parfois presque agacée.

    Revenir au nid. Passer une semaine en tête à tête avec mon homme. Ne pas trop savoir quoi se dire et puis profiter de ce temps offert. Retrouver des gestes tendres, une sexualité libérée de contraintes, se retrouver un peu.

    Et en même temps, sentir les retrouvailles d’avec mon autre approcher. Manquer de sa peau contre la mienne, manquer de ces étreintes passionnées… Ne plus trop savoir, mais se laisser porter. La vie est belle et tant pis pour le reste…


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  • "L'artiste n'est artiste qu'à la condition d'être double." Baudelaire Et si une artiste était cachée au fond de moi ? Double je, si c'est pas être double ça !

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  • Apprendre à (le) gérer

    J'ai lu. "les pervers narcissiques". Après avoir découvert il y a deux ans cette expression dans la bouche d'une amie qui a fait des études de psychologie à qui je livrais des bouts de mon quotidien et l'avoir ensuite retrouvé dans quelques articles... je me suis interrogée. Et finalement, j'ai lu.

    Je ne suis pas psy. J'ai par contre trouvé pas mal de similitudes avec ce que j'ai vécu / vis à la maison. Même si depuis deux ans les choses sont moins nettes, moins distinctes.

    J'ai lu. J'ai comparé. J'ai appris.
    Je ne suis pas psy et ne peux pas me permettre de porter un diagnostic. Aussi, peut-être que je me trompe. Peut-être même que c'est moi le pervers narcissique dans l'histoire ?

    Ce que j'en retire c'est que mon homme ne se rend réellement pas compte de son (dys)fonctionnement ; ce que j'en retire c'est que je gère mieux, je prends plus de recul, je me fâche moins, je fais glisser plus facilement même si j'ai encore beaucoup de progrès à faire ; ce que j'en retire c'est d'identifier plus vite les comportements inadéquats et de réagir aussitôt pour mettre le doigt dessus (ce qui a le don de le mettre dans une grande colère car il a le sentiment que je pointe tout et qu'il ne peut plus "vivre").

    J'apprends à gérer. Quand on se fâche, je n'ai plus peur de le perdre comme avant. Je ne fais plus l'effort immense d'aller vers lui pour nous rabibocher et faire en sorte que les vacances se passent finalement mieux. J'attends sereinement et je poursuis ma route. Je sais que je suis capable d'avancer sans lui et qu'il reviendra vers moi parce qu'il a beaucoup plus peur de me perdre que l'inverse. Le rapport de force sur ce sujet s'est renversé. Et c'est un immense soulagement pour moi.

    Apprendre à (le) gérer

     


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